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ASSURANCE TAKAFUL : Dans l attente d une réglementation spécifique

Tant attendu par les systèmes bancaires, le règlement de la «finance participative», portant sur les produits financiers conformes à la charia, est enfin adopté par le Conseil de la monnaie et du crédit. La décision a été prise, hier, au centre du symposium international, palais de la culture.




Dimanche le 25 novembre 2018

« L introduction de la réglementation dans les systèmes bancaires aura besoin de temps», affirme le DG du crédit et de la réglementation bancaire à la Banque d Algérie, Mohamed Goubi. Cela dit, si les institutions financières se félicitent de l adoption du règlement, qui définit les règles applicables aux produits dits participatifs, elles déplorent l absence de textes juridiques spécifiques. Selon le DG de Salama Assurances, Mohamed Benarbia, «la loi classique n interdit pas ce type d assurance qui se construit sur une garantie conjointe, mais ne facilite pas son implantation». «L absence d une réglementation ne permet pas un contrôle de la charia sur les opérations d assurances ainsi qu une diversification des produits. Comme la réassurance takaful n existe pas non plus, on est obligé de passer par des sociétés de réassurance nationales, avec l obligation de taux d intérêt», explique t-il . Cela oblige les assureurs takaful, poursuit-il, à recourir à des pratiques qui ne sont pas conformes à la charia. Il a fait part aussi de l absence d un dispositif relatif à la répartition des excédents techniques. «Ce qui empêche un encadrement équilibré des taux de répartition entre les sociétés et les participants», fait il remarquer en déplorant le manque de maîtrise du réseau de distribution du takaful, les contraintes fiscales et de gestion. Par ailleurs, indique-t-il, comme les valeurs du Trésor ne sont pas conformes à la charia, l introduction des sukuks (obligations islamiques) est nécessaire pour permettre les placements en matière d investissements. Interpellé sur cette question, le DG de la Bourse d Alger, Yazid Benmouhoub, a relevé que les sukuks, une innovation financière, ne sont pas encore reconnus en tant que telles par le règlement. Pour lui, l introduction des sukuks dépend du nombre d institutions financières islamiques cotées en Bourse. Surtout, rappelle-t-il, que la Bourse épouse parfaitement le principe de la finance islamique, qui se construit sur le principe de partage des bénéfices et des pertes. «Or, jusqu?à présent, seules deux institutions de finance islamique sont cotées en Bourse, el Baraka Bank et Salama assurances», fait-il savoir en annonçant un projet de mise en place de sukuks au niveau de la Bourse, avec le concours de l Université de Sétif. Il a enfin annoncé l introduction en Bourse, le mois prochain, d une PME et l ouverture d?une Bourse virtuelle en 2019. «UNE BOUÉE DE SAUVETAGE» Le représentant de Salama assurance a estimé important d instaurer correctement et d une façon définitive la finance islamique par la création d un conseil national pour le contrôle de conformité à la charia et l amendement de la loi relative aux assurances. Le DG de la Cnep, Rachid Athmani, a estimé que, pour commercialiser des produits financiers islamiques et pour que les banques passent du statut de donneurs de crédits à celui d acteurs économiques participatifs, la réglementation doit d abord le permettre. «On attend avec impatience la parution du règlement de la finance participative sur le Journal officiel. Cela ne nous a pas empêchés, toutefois, de lancer quelques produits», a-t-il précisé. Le représentant de banque Baraka a assuré que celle-ci a lancé cette année de nouveaux produits financiers islamiques en direction des associations féminines. «On octroie des microcrédits au profit de ces associations pour favoriser l?inclusion financière. Un première en Algérie, un centre de formation de la finance islamique a été ouvert», dit-il. Le DG de la banque Badr, Boualem Djebar, a assuré que cette institution s?est déjà lancée dans la finance participative et compte ouvrir une agence dédiée à celle-ci dans chaque wilaya. «Mais nous allons les généraliser progressivement au niveau de toutes les agences. Un comité d audit vérifiera la conformité des produits avec la charia», rapporte-t-il. Le représentant du Haut Conseil islamique, qui parraine le symposium, Cheikh el Mamoune el Hassani, a soutenu que la finance islamique est «la bouée de sauvetage de l humanité contre les crises financières, l inflation et le chômage».
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